Dossier Pays-Bas d’appui à l’eau et à l’assainissement : L’ancien ministre Kassa ne serait pas à l’abri de poursuites

(Déclaration de Boni Yayi sur RFI)

À l’occasion de sa visite à Paris, Thomas Boni Yayi  est revenu sur le dossier hollandais d’appui à l’eau, en déclarant ne rien savoir auparavant du projet et que sitôt saisi du dossier, il a forcé le ministre, en l’occurrence Barthélemy Kassa, à démissionner.

 

Monsieur le président, vous venez d’annoncer la tenue d’un sommet sur la sécurité à Abuja le 11 juin prochain. Qu’attendez-vous de ce sommet précisément ?

Boni Yayi : Faire avancer le dossier de la lutte contre Boko Haram. Que ce soit au niveau du Nigeria, que ce soit au niveau de toute la sous-région, il faut organiser une union sacrée. Lorsque vous avez une épine dans le pied, il vaut mieux l’enlever. Autrement vous ne pouvez courir !

Le Bénin avait annoncé son engagement dans la force mixte destinée à lutter contre Boko Haram. Pourquoi est-ce que vous n’avez toujours pas envoyé de troupes ?

Nous sommes prêts. Le Bénin est prêt, les troupes béninoises sont prêtes. Mais comme vous le savez, la pratique sur le plan international… Le dossier est en ce moment au niveau du Conseil de sécurité. Nous attendons la résolution.

Mais comment expliquez-vous le silence du nouveau président Muhammadu Buhari sur l’engagement du Nigeria dans cette force ?

Il s’est battu, il en a fait une priorité. J’ai eu l’occasion de le voir avant son investiture et je crois que le premier point sur lequel ont porté nos échanges concerne Boko Haram. Il faut que nous puissions mutualiser nos efforts, nos ressources, notre détermination politique. Le 11 juin, nous allons nous retrouver pour faire les derniers réglages et nous saurons où se trouve peut-être le blocage. Il y avait peut-être quelques hésitations au niveau du Nigeria. Avec l’arrivée de Buhari, je suis convaincu que les choses seront beaucoup plus claires.

Vous avez essuyé deux revers politiques des législatives, où la coalition qui vous soutient a perdu des sièges et la bataille pour la présidence de l’Assemblée nationale remportée par l’opposition. Quelles leçons tirez-vous de ces revers ?

Cette analyse-là, je ne la partage pas. La formation à laquelle vous faites allusion, qui m’appuie, a eu 33 députés. Donc cette formation aujourd’hui est la première dans le pays. Quand vous parlez de revers, je dois vous avouer, ce que les gens ne comprennent pas, lorsque nous avons fait la liste, nos militants n’avaient pas trouvé de place. Si bien qu’on a demandé à certains d’entre eux d’aller s’inscrire sur d’autres listes. Une fois élus, la plupart sont rentrés au bercail. Lorsque nous sommes partis pour élire le bureau, c’est vrai, on s’est retrouvé nez à nez. Ils ont eu 42 députés et nous on en a eu 41. Et c’est là, parce qu’ils ont eu 42 députés que le président Houngbédji a été élu. Et encore une fois, je le félicite !

A propos de cette bataille du perchoir, certains analystes parlent d’un coup politique contre vous. Est-ce que c’est un désaveu pour la politique que vous menez ?

Je suis convaincu que le peuple béninois m’a soutenu. Mais ce qui s’est passé au Parlement, à mon avis c’était une question de stratégie. Mais pour ma part, c’est le peuple béninois qui a gagné puisque ça s’est passé dans la paix, que j’appelle de tous mes vœux. Le président Houngbédji s’est engagé la main sur le cœur, de même que moi, pour que nous puissions travailler et créer les conditions du renforcement de la sécurité humaine, je fais allusion à l’accès à l’eau, à l’électricité, aux infrastructures sanitaires, etc.

A ce propos, récemment suite à un audit, les autorités néerlandaises ont découvert que 4 millions d’euros versés pour des projets d’accès à l’eau potable s’étaient évaporés. Ils ont décidé de suspendre leur aide au développement. Dans ce contexte, est-ce qu’il n’est pas devenu plus difficile pour vous de parler coopération avec vos partenaires ?

Non, il ne faut pas exagérer ! Je ne savais même pas qu’il y avait un projet de ce genre-là dans ce ministère ! C’est un vieux projet au ministère de l’Energie – semble-t-il. Ils en étaient à leur 7ème édition, c'est-à-dire l’audit est à sa 7ème édition.

Les autorités néerlandaises ont quand même jugé l’affaire suffisamment sérieuse pour suspendre cette coopération. A vous entendre, ce n’est pas si grave ?

Je ne dis pas que ce n’est pas grave ! J’ai toujours salué l’effort fourni par la Hollande, l’ambassadeur, etc. Mais le problème aujourd’hui c’est que le rapport tel qu’il est rédigé ne nous permet pas de sanctionner qui que ce soit. C’est un rapport qui identifie les impairs. Toujours est-il que je ne suis pas là pour dire que c’est faux ou c’est vrai. Lorsque j’ai été saisi, immédiatement j’ai forcé le ministre à démissionner.

 

Il a démissionné, mais il a retrouvé un fauteuil de député. Trouvez-vous normal qu’en tant que député il bénéficie d’une immunité parlementaire aujourd’hui ?

 

Il n’y a aucun problème ! La garantie que j’offre aujourd’hui c’est qu’une fois que les responsabilités sont identifiées, s’il est épinglé, il fera l’objet de poursuites. Son immunité parlementaire sera levée. Je voudrais rassurer les autorités hollandaises. C’est pourquoi on a fait appel à un audit international d’investigation, choisi par la partie hollandaise. Tous ceux qui seront identifiés, seront poursuivis.

Avec cette nouvelle composition de l’Assemblée nationale, toute éventuelle révision de la Constitution est exclue. Quel rôle allez-vous jouer dans la bataille de la présidentielle 2016 ?

Ce n’était pas à l’ordre du jour. Les gens ont abusé du peuple béninois, en disant : «il va réviser la Constitution». C’était de la pure intoxication !

Quel rôle allez donc vous jouer lors de la présidentielle de 2016, Monsieur le président ?

C’est le peuple qui choisit ! A la grâce de Dieu !

Vous ne serez pas candidat ? Allez-vous soutenir un candidat ? Avez-vous un dauphin ?

Mon nom ne figurera dans aucun bulletin ! Même dans l’avenir ! Les candidats éventuels n’ont qu’à aller préparer leur projet de société pour pouvoir convaincre le peuple béninois.

Avez-vous un dauphin aujourd’hui ? Quelqu’un dont vous estimez qu’il peut porter votre héritage ?

C’est Dieu qui choisit.

RFI.fr

 

 

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