(Une chronique de Constantin Amoussou)

 

 

Pour placer l’opinion de son côté, Elias Akogbéto a les moyens de sa politique.

Deux semaines de campagne médiatique assidue et le « patron du passeport béninois », apparemment épaulé par certains haut gradés de la police, pourrait se targuer d’être le gentil patriote qui veut protéger la souveraineté du Bénin contre les élans apatrides d’un inconséquent ministre des affaires Etrangères.

 

Mais je veux aujourd’hui partager avec nos compatriotes, la terrible vérité que j’ai découverte dans ce dossier et que personne n’a le courage de relayer, parce que les intérêts en jeu paraissent colossaux et que chaque personne qui connaît cette vérité préfère la taire par prudence, pour sécuriser sa vie, celle de sa famille ; ou se faire acheter grassement son silence, parce qu’il paraît que devant de si gros intérêts, les parties en jeu, réputées redoutables, promettraient tout et pourraient ne renoncer à aucune barbarie pour sauvegarder leur butin.

 

Aussi, ne m’importe-t-il que  peu, le lynchage médiatique dont je pourrais être accablé après cette chronique, sachant par ailleurs la force de frappe de la main qui agit dans l'ombre.

 

Le risque que j’encours est peut-être même bien plus grave.

 

Mais dût-elle être la dernière, je dois cette chronique à nos compatriotes à qui on brandit la souveraineté comme paravent pour leur voler 31 milliards.

 

De quoi s’agit-il ?

 

Une surfacturation à 5.000%

 

Le long des deux semaines écoulées, l’affaire du passeport biométrique a connu une résurgence médiatique, sous la forme apparente d’un conflit entre un gentil opérateur économique attaché à la souveraineté de son pays, et un ministre titulaire d’un portefeuille de souveraineté, qui ferait si peu cas de son attache à la patrie, qu’il aurait préféré laisser les données biométriques confidentielles de notre Etat entre les mains d’un opérateur désigné par l’ancienne puissance colonisatrice. Un joli mensonge.

 

Monsieur  Elias Akogbéto, soutenu dans l’ombre par la hiérarchie policière, argüe avoir  déjà acquis du matériel pour 32 milliards pour exécuter le marché du passeport biométrique, là où un opérateur étranger s’était disposé à fournir le même matériel à l’Etat béninois, à 1 million d’Euros, soit 650 millions de FCFA.

 

Le rapport arithmétique indique une différence en valeur absolue de 31 milliards 350 milliards, et établit que, confié à l’opérateur national, le matériel de production du passeport biométrique reviendrait au contribuable béninois avec 5.000% de surfacturation ; 32 inflexibles milliards FCFA, martelé formellement, mais sans aucun support comptable.

 

Quel est dans une telle hypothèse, le choix de l’acteur économique rationnel ?

 

Quel est le meilleur choix pour le contribuable béninois ?

 

Sur la question de la souveraineté

 

Monsieur Akogbéto voudrait-il vendre au Bénin, sa propre souveraineté à 31 milliards poussière ?

 

Si cela se trouve, alors on conviendra que ce puissant opérateur économique détient un magasin de stockage et  de commercialisation de la souveraineté, et je voudrais lui exprimer ma reconnaissance, pour l’extrême bien qu’il fait à mon pays, en lui vendant sa propre souveraineté à 31 milliards et plus. Si non, j’avais  lu et toujours cru naïvement, selon la formule de l’article 3 de notre constitution que : « La souveraineté nationale appartient au peuple », et j’étais loin de m’imaginer qu’on me la vendrait un jour dans les médias à 31 milliards.

 

Je ne viens pas défendre une corporation.

 

Mais j’ai le tort d’être diplomate de formation initiale, et d’avoir soutenu mon diplôme de fin de cycle à l’ENA, sur la question de la souveraineté des Etats.

 

Lors de mon stage aux affaires Etrangères, il y a plus d’une décennie,  alors que M. Arifari Bako était loin de songer siéger un jour dans ce ministère, les passeports diplomatiques et de service étaient déjà délivrés par le ministère des Affaires Etrangères ; et M.  Akogbéto qui avait déjà le marché de 300.000 passeports ordinaires, ne s’en indignait point, comme il ne s’indigne d’ailleurs pas de ce que lui-même, le patriote, le souverainiste, acquérait les carnets de passeports nationaux dans les pays d’Asie du Sud.

 

Pour quel motif particulier réel, tient-il  donc désormais à voir choir dans son escarcelle, à tout prix, les passeports diplomatiques et de service, en dépit des pratiques et usages, et de la stipulation initiale de son contrat ?

 

En dépit en plus de la faveur à lui consentie, contre toute logique, mais peut-être en vue de préserver les droits d’aller et de venir de nos concitoyens, de poursuivre la délivrance des passements ordinaires, alors même qu’il s’était fait octroyer un avenant vicié.

 

Quelques vérités à rétablir

 

En quoi consiste le marché signé avec l’Imprimerie Nationale de France ?

 

A fournir au département béninois des affaires Etrangères, les carnets (que M. Akogbéto acquiert quant à lui, souverainement, en Asie) ; munis désormais des puces vierges (sans aucune donnée) ; à installer au ministère les outils pour la collecte des données ;  et à former les cadres du ministère, fonctionnaires assermentés de l’Etat, qui vont collecter eux-mêmes, les données de leurs collègues et les affecteront sur les puces, sans l’intervention d’aucune main étrangère. Sans doute, pouvait-on faire mieux, pour la pleine expression de sa souveraineté.

 

Mais M. Akogbeto, pour les passeports ordinaires qu’il veut nous faire établir avec du matériel acquis à 32 milliards, achèterait-il tout de même les carnets en Asie, ferait tout de même collecter les données biométriques de nos concitoyens par des agents privés, appartenant à sa structure privée ; peut-être avec le concours de la police.

 

Aurait-il par hasard prêté serment devant la Commission nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) mandatée par la représentation nationale à l’effet de veiller à la protection des données à caractère individuel ?

 

Et les agents privés, de sa société privée, dans quelle proportion garantissent-ils à chacun de nous la sécurité de ses données ?

 

On devrait avoir donc autant à s’inquiéter, légitimement, au moins, des carnets acquis en France que de ceux acquis en Asie.

 

Et on devrait plus avoir à craindre de voir  nos données échouer entre les mains des employés d’une structure privée et de leur chef, plutôt que dans les mains de  fonctionnaires béninois du ministère des Affaires Etrangères, sous serment, et collectant les données de leurs collègues pour leur délivrer des documents de voyage.

 

La loi du silence et de l’obscurité

 

Le contrat initial de M. Akogbeto remontant à 2001, portait sur la délivrance de 300.000 passeports.

 

Le nombre de Béninois vivant à l’Etranger, et régulièrement enregistrés auprès de nos consulats excède 400.000 personnes.

 

De 2001 à 2014, ils ont dû renouveler leur passeport au moins quatre (04) fois.

 

Mais pendant tout ce temps, aucune traçabilité des données statistiques, et le gentil opérateur patriote, soutient qu’il n’a pas excédé 300.000 passeports ces quatorze années durant, puis négocie clandestinement, sans l’aval du Conseil des Ministres, un avenant de 700.000 passeports supplémentaires, avec la complicité d'un ministre de l’Intérieur, François Houéssou.

 

En règle générale, un avenant  n’excède pas 20% de la quantité contractuelle initiale.

 

Décidément, en se faisant signer un avenant sur une quantité avoisinant 250% de la quantité initiale convenue et livrée sans traçabilité, les puissants opérateurs en charge du passeport, montrent qu’ils sont souverains, et règnent sur un magot dont la consistance justifie leur frénésie médiatique.

 

Habituellement, j’ai horreur des chiffres.  Ceux qu’ici j’ai  dû exposer me saoulent de vertige, et je suis rongé de savoir qu’au nom du paravent de la souveraineté, on s’autorise à ruiner souverainement les caisses de mon pays, avec l’assistance  de certains haut gradés de la police et des braves gens de la presse, qui ont fini par oublier que leurs deux armes, le fusil et la plume, sont sacrées, et les obligent à la noblesse.

 

Cinquante ans après les indépendances, on ne peut reconduire indéfiniment, sous les tropiques, le pacte colonial qui nous liait jadis par-devant. Mais chaque franc surfacturé sur une prestation effectuée par un national, nous indique que nous sommes désormais ligotés, bras aux dos, sur le chemin de la nuit éternelle.

La souveraineté, d'accord. Mais de là à ruiner L'Etat, citoyens, ouvrons les yeux!

 

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