Madame la Présidente,

Voici que l’euphorie retombe et que dix millions de Béninois enfouissent déjà au tréfonds de leur mémoire, cimetière  de l’histoire, le fait d’armes qu’en ce jour historique du 20 mai, 82 élus du peuple, et leur présidente de circonstance,  la doyenne d’âge,  ont offert à une nation qui fut jadis baptisée Quartier Latin d’Afrique.

Je voudrais laisser aux polémistes le soin de gloser au sujet des « bons » et des « mauvais » traîtres. Chacun portera sa conscience comme juge suprême, excepté ceux qui ont le triste bonheur de l’avoir définitivement liquidée.

« Les peuples n’ont pas de mémoire », se désolait Hegel ; et je suis venu le défier en osant prophétiser   ce jour que : l’histoire se souviendra de toi.

Une nation est non seulement un groupe humain,  mais aussi une réalité biologique, sociale, historique ; une défense contre l’inconscient individuel et une tentative pour constituer une réalité psychologique nouvelle qui transcende les individus.

Les peuples d’Afrique ont du mal à internaliser cette réalité, et la nation demeure dans beaucoup de nos pays, un processus en chantier.

Par définition, la fonction politique au sein d’une cité consiste à faire de l’unité  à partir du multiple, d’un multiple conflictuel. La pacification d’un champ social marqué par la diversité des générations, la diversité des classes, la diversité des régions, des religions, des clans et bien souvent, leurs rivalités, indiquent  la complexité de la mission d’installer les élus d’un parlement, organisés entre groupes qui s’affrontent pour le contrôle du perchoir.

Pour arbitrer ces querelles partisanes et faire aboutir un processus aux enjeux si lourds, suffit-il d’avoir un droit d’aînesse sur tous les autres ?

Suffisait-il que la loi en ait placé le pouvoir aux mains du plus âgé ?

L’histoire se souviendra de toi, parce que tu as défié la faim et vaincu définitivement la fatalité de la vie qui t’a privé de vue.

Oui, tu as défié la faim, te privant de pain sur quarante-huit heures, malgré le poids de l’âge. Mais tu as aussi montré à tous ces malheureux milliardaires privés de sens, convaincus que la politique est régentée par le pouvoir de Mammon, que la quête de la dignité n’a pas d’âge ; et que même si certains octogénaires pouvaient vendre la leur, contre une place au soleil, ils ne sont que pitoyables, malgré toute leur fortune.

Mais ce n’est pas à la partisane d’un clan sorti vainqueur que je suis venu rendre hommage. L’histoire se souviendra de toi.

Je suis venu rendre hommage à une femme de caractère, qui, comme  Lucy la première femme de l’humanité il y a trois millions d’années, s’est levée pour regarder en face et affronter les fauves, en se dressant pour marcher, port vertical, droit sur ses deux jambes,  et  la tête haute.

Un  tigre a beau avoir les mâchoires puissantes et les crocs  longs et acérés, il a beau avoir des cadavres dans le placard comme trésor de guerre, il a beau savoir  bondir et cogner, quand les braves gens lui opposent la dignité, il courbe l’échine.

L’empire de la liberté reprend droit de cité dans mon pays, grâce aux 83 élus qui en ce jour, présents ou non, « bons » ou « mauvais » traîtres, ont permis au parlement, de redevenir ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : une institution de contre-pouvoir.

Par le triomphe de la majorité populaire, dans les urnes du Parlement, c’’est le cadavre e la démocratie qui se lève lentement et se met à marcher. Et lorsque les cadavres se lèvent, comme disait Tomas Borges, commandant de la Révolution nicaraguayenne, il y a révolution,

Et même si l’on considère que rien n’est gratuit en politique, comment ne pas savoir assurer l’équilibre de la transaction, entre l’intérêt bien mesuré des citoyens et les enchères des politiciens ?

Comment ne pas savoir écouter le cri de son peuple qui gémit ?

L’histoire identifiera un jour, entre les enfants du Bénin, ceux qui placent  leurs calculs au-dessus des attentes du peuple.

Elle se souviendra de  cette date du 20 mai, de tes sacrifices, de ton altitude, de ce que firent les coalisés en mission pour sauver la démocratie, à la tête desquels, maman, tu fus, doublement artisane, par ton rôle de présidente, et par le ralliement unanime des 6 autres élus, sur la liste RB-RP.

Et depuis le mercredi, quand je prends la constitution du Bénin, je n’y vois qu’un seul article : « L’homme et la femme sont égaux en droits. » ( l’article 26 de la constitution du Bénin du 11 décembre).

Que daigne ton histoire faire justice à cet idéal.

L’histoire se souviendra de toi, brave femme, qui lutte contre la nuit !

 

Constantin AMUSSOU

 

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